Vous l’avez tous vu danser, mais vous ne la connaissez pas

Vous l’avez tous vu danser, mais vous ne la connaissez pas

Marine Jahan : la vraie star de Flash­dance, c’est elle

PLUS DE TRENTE ANS APRÈS SA SORTIE AU CINÉMA, LA DOUBLURE DE JENNI­FER BEALS NOUS DÉVOILE LES COULISSES DU FILM

Cette Française a doublé les scènes de danse de l’hé­roïne deFlash­dance. Un secret qui, en s’éven­tant, a créé la contro­verse mais fait décol­ler sa carrière.

Marine Jahan, la doublure de Jennifer Beals

Marine Jahan, la doublure de Jennifer Beals

« Peu après mon arri­vée à Los Angeles, quand on me deman­dait ce que je rêvais de faire, je répondais : jouer dans une comédie musi­cale à Broad­way », nous annonce en préam­bule Marine Jahan, liane de 56 ans, dans un français teinté d’un léger accent améri­cain consé­quence de ses quarante années passées au pays de l’oncle Sam. Ce souhait, elle a fini par le réali­ser mais son parcours ne fut pas une ligne droite. Une étape en effet, a parti­cu­liè­re­ment marqué sa carrière : le film Flash­dance(adapté en comé­die musi­cale au théâtre du gymnase). Cette jolie brune a 18 ans quand elle quitte Versailles, son bac en poche. Direc­tion les Etats-Unis, où elle compte « absor­ber le plus de danse possible ».

Comme Alex, l’hé­roïne de Flash­dance, cette spor­tive réus­sit à inté­grer une pres­ti­gieuse école de danse, la Roland Dupree School Academy, et s’ins­talle défi­ni­ti­ve­ment outre-Atlan­tique. Elle fait ses armes en tant que danseuse sur des shows télé et se produit même sur la scène des Oscars, jusqu’à ce qu’un jour, un assis­tant choré­graphe avec lequel elle avait travaillé sur plusieurs émis­sions, se voie confier les rennes d’un film en tant que choré­graphe. Si l’ac­trice prin­ci­pale de ce long-métrage a été trou­vée, celle-ci, Jenni­fer Beals, est loin d’avoir le niveau suffi­sant pour effec­tuer elle-même les scènes de danse.

flash-dance-marineCharge à la produc­tion donc de lui trou­ver une doublure. Cinq danseuses profes­sion­nelles sont alors convoquées pour une audi­tion. Ça démarre mal pour Marine qui, arri­vée en retard et avec une perruque pour masquer sa courte cheve­lure, perd son postiche durant les essais. « Au moins vous savez main­te­nant… », s’ex­cu­sera-t-elle dans un sourire gêné. Sa pres­ta­tion fait néan­moins mouche et elle décroche le job. Une première pour elle, qui ne connais­sait même pas l’exis­tence d’un tel métier. « A l’époque, les doublures n’étaient utili­sées que pour les cascades », précise-t-elle. Débute alors l’aven­ture Flash­dance, au cours de laquelle elle exécute, scène après scène, les prouesses artis­tiques qui feront le succès de ce film devenu culte.

Fin 1982, alors que le tour­nage est terminé, les produc­teurs réalisent que le film n’est pas assez long et rappellent notre compa­triote pour ajou­ter une scène finale en apothéose : celle de la toupie sur le dos. « Je me suis entraî­née pendant plusieurs jours, je me suis fais des bleus partout, mais j’ai réalisé que je n’y arri­ve­rais pas. Ils ont alors appelé une cham­pionne natio­nale de gymnas­tique, mais elle n’a pas réussi non plus. Au dernier moment, ils ont demandé à un danseur de break­dance qui parti­ci­pait au film de s’y coller après avoir enfilé un justau­corps rembourré à la poitrine et une perruque. Je me souviens que l’homme, super macho, a hésité avant d’ac­cep­ter. Ils l’ont rassuré en lui disant qu’il tour­ne­rait telle­ment vite que l’on ne verrait rien. Mais si vous scru­tez la scène au ralenti, vous aper­ce­vrez ses mollets et ses avant-bras archi musclés et sa perruque pas très bien ajus­tée ».

Le film bouclé, restait une ques­tion : Marine serait-elle crédi­tée au géné­rique ? « Les produc­teurs pensaient qu’en révé­lant que Jenni­fer ne réali­sait pas elle-même les scènes de danse, ils brise­raient la magie. J’ai donc proposé que l’on me fasse appa­raître en tant  »qu’as­sis­tante choré­graphe » ou même simple­ment dans les remer­cie­ments. On ne m’a pas vrai­ment donné de réponse, me lais­sant croire qu’une solu­tion serait trou­vée », se souvient Marine. Le soir de la première, un vendredi, la jeune femme attend donc fébri­le­ment de voir son nom appa­raître sur l’écran. « A la fin du géné­rique, je vois le nom du chien, mais pas le mien ! J’étais déçue, mais je savais bien que je ne pouvais rien faire. Après la projec­tion, quand les gens louaient les quali­tés de danseuse de Jenni­fer, certains, qui savaient, me regar­daient avec un sourire entendu ».

Pour­tant, le secret ne sera pas gardé bien long­temps puisque le lundi suivant, le Los Angeles Times faisait sa une avec une photo de Marine faisant face à une photo de la star du film. « Jenni­fer m’a immé­dia­te­ment appe­lée pour savoir si j’étais respon­sable de la fuite. Evidem­ment, je ne l’étais pas. On se connais­sait peu mais il n’y a jamais eu de fric­tions entre nous. On a vite compris qu’on était des marion­nettes au service de la Para­mount ». La nouvelle se répan­dra alors comme une traî­née de poudre et fera scan­dale. Un mal pour un (très) bien. « Cela a été la meilleure des publi­ci­tés pour moi comme pour le film. Mon nom est devenu célèbre, je ne pouvais plus reve­nir en arrière. Je suis deve­nue porte-parle de Reebok, j’ai fait le tour du monde, j’ai obtenu plein de contrats pour des shows télé, des films… En 1990, après avoir suivi mon mari à New York, j’ai décro­ché mes premiers contrats à Broad­way ! ». La boucle fut bouclée. Marine a toujours pensé qu’aux Etats-Unis, « tout était possible ». Elle ne s’était pas trom­pée.