Les jumelles Dionne

Actualité Buzz

En 1934, Elzire Legros-Dionne, alors âgée de 24 ans et épouse d’Oliva Dionne, donne naissance à cinq filles (Yvonne, Annette, Cécile, Marie et Émilie) à Corbeil, un endroit peu connu près de North Bay. Le village doit son nom à Jean-Baptiste Corbeil, d’Orléans. Les deux premières ont été mises au monde par des sages-femmes, MmesLegros et Lebel. Le DrAlan Roy Dafoe s’est occupé des autres. La possibilité d’une naissance réussie de quintuplées était de un sur 57 millions. Une première!

Mme Dionne avait déjà eu six enfants avant les jumelles. Après, elle en aura trois autres.  Afin de subvenir aux besoins de la famille, Oliva Dionne signe un contrat avec des promoteurs de Chicago, le 3mai. En échange d’une aide financière (250$ pour 30 semaines), Dionne accepte de présenter les jumelles lors de l’Exposition Century of Progress, de Chicago. Mais le lendemain, il répudie ce contrat.

Il ne fait guère de doute que le père a fait une erreure en signant un tel contrat. «Les médias peignirent Oliva Dionne au pire comme un profiteur cupide et au mieux comme un être stupide», écrit David Welch, de l’Université d’Ottawa, dans Les Jumelles Dionne: cinq petites Franco-Ontariennes dans un contexte d’exclusion sociale». «Oliva consulta le docteur Dafoe, poursuit-il. Le médecin lui aurait apparemment dit d’en profiter, car il y avait peu de chance que les quintuplées survivent. De façon plutôt hypocrite, le médecin devait se présenter par la suite comme le grand défenseur des quintuplées contre le monde extérieur, y compris leurs parents.»  Avant même de discuter avec sa femme, il parla avec le curé de Corbeil, l’abbé Daniel Routhier. Ce dernier, qui souhaitait faire construire une nouvelle église pour la paroisse, devient l’agent des Dionne pour sept our cent du contrat pour le fonds de construction de son église. Oliva Dionne obtiendrait 23% et l’Exposition Century Progress, le reste. On estime le montant total du contrat à 32600$, soit 7500$ pour Dionne.

Ovila Dionne n’était pas un pauvre petit fermier. Né en 1903 à Corbeil, M.Dionne avait étudié pendant neuf ans. Il avait appris l’anglais et avait travaillé à l’entretien des chemins de fer de la Canadian Northern Railway. En 1935, l’Assemblée législative de l’Ontario adopte le Dionne Quintuplets Guardianship Act (loi de mise en tutelle) dans le but de mieux protéger les jumelles contre l’exploitation commerciale et assurer leur développement, leur bien-être et leur éducation. Elles deviennent «les pupilles du roi Georges V jusqu’à l’âge de 18 ans», mais cela changera en cours de route et les parents reprendront leurs filles à l’âge de neuf ans.

Le sixième anniversaire des fillettes annonce leur prochaine entrée à l’école. Appuyés par l’Association canadienne-française d’éducation de l’Ontario, les parents réussissent à leur assurer une éducation française et catholique. La première institutrice est Gaétane Vézina.

Certaines personnes, qui avaient un intérêt financier, pensaient que pour captiver l’imagination des anglophones du Canada et des États-Unis, les quintuplées devaient parler anglais et paraître américaines. En 1941, l’inspecteur Harold Edwin Amoss avait en effet entrepris des démarches pour ajouter une enseignante anglophone à l’école privée. Finalement, le directeur de l’enseignement français en Ontario, Robert Gauthier et Oliva Dionne sélectionnent les religieuses; soeur Saint-Alexis de Rome (née Laurencia Boyer) et soeur Jean-Marie Vianney (née Yvonne Lemire), deux anciennes enseignantes des écoles séparées de North Bay.

Entre 1948 et 1952, les jumelles Dionne font leurs études secondaires à la Villa Notre-Dame (ancienne pouponnière convertie en école privée, puis en pensionnat). Puis les jumelles se dirigent vers l’Institut familial de Nicolet afin d’entreprendre des études en Art domestique. Annette, Cécile et Émilie fréquentent l’Institut pour une seconde année, mais Yvonne s’inscrit au Collège Marguerite-Bourgeoys, à Montréal, pour suivre un cours d’infirmière. Marie, elle, entre au couvent chez les Servantes cloîtrées du Très-Saint-Sacrement, à Québec. Elle y restera moins d’un an.

En 1954, Émilie entre chez les Oblates de Marie-Immaculée. Quelques mois plus tard, elle a une crise d’épilepsie et meurt de suffocation. Marie meurt à l’âge de 35 ans. En 1998, les trois survivantes acceptent quatre millions de dollars du gouvernement de l’Ontario en guise de compensation pour leur exploitation.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *